"Lettres à Héloïse"

Époux séparés à leur corps défendant, Héloïse et Abélard échangeront une correspondance passionnée qu’on lit encore de nos jours, près de neuf siècles après sa rédaction.
En mémoire de ces amants infortunés et de leur courrier fleuve, l’Office de Tourisme du Grand Troyes invite tous les “bien-aimé(e)s” du monde à déposer leurs “Lettres à Héloïse” (ou à Abélard) dans sa boîte aux lettres d'amour. Il les diffusera sur son site Internet.

Les épistoliers pourront, selon l’humeur et les circonstances, déclarer leur amour, exprimer leur bonheur ou confier leur peine. Mais rien ne les oblige à écrire en latin !

L'amour est un sentiment qui sait se taire quand il le faut, et rejaillir au moment où on l'attend le moins !

Plume

Plume blanche en pointe taillée
Qui s’abreuve à l’encrier,
Décrit des paraboles
Quelque peu frivoles
Sur une blanche feuille;
Sans prétention, ni orgueil.
Elles te dessine des mots insensés
Aux pouvoirs magiques, voir enchantés.
De rimes en poèmes,
De poésie bohème,
Plume et feuille bien encrées
OEuvrent pour l’être tant aimé.
De phrases chaloupées
Aux tons irisés;
De tendre mots d’amour,
Sans ramages, ni détours,
Leur course effrénée
Ne saurait s’arrêter.
Plume blanche, bien usée
A la feuille bien encrée;
T’envoie tout mon amour,
Pour la Vie; pour toujours.

M. Tansout

Troyes

L’histoire de tes monuments,
Retrace ta vie, tes tourments,
Tes joies, tes sacrifices,
Ton courage, ton supplice.

D’un passé historique,
A une industrie prolifique ;
Tu as su progresser,
Et d’un haut rang t’élever.

Qu’il fait bon se promener
Dans tes ruelles renommées.
De la ruelle des Chats
A la rue Emile Zola,

Ou auprès de ton cœur rougeoyant,
Qui embrasse avec élan,
Le cœur des amoureux ardent
Aux regards flamboyant.

Tu n’as de cesse, Troyes
De nous émerveiller
Et de mille éclats,
De briller.

M. Tansaout 

 

Par l'instant éternel
          de l'éternel instant

Que le soleil se couche
Si tel est son plaisir,
Mes lèvres sur ta bouche
Embrassent leur désir.

Que s'élève la lune
Pour arrondir le ciel,
Je n'ai d'autre fortune
Que tes baisers de miel.

Le sentiment frissonne
En plein coeur de la nuit,
Au loin, l'horloge sonne
Bientôt l'après-minuit.

Ma main serre ta main,
Nos corps rêvent encore,
Il est déjà demain,
Le printemps s'évapore....

Ma main serre ta main,
Et je rêve de vivre
La nuit sans lendemain,
Par l'amour, rendue ivre

Ludovic Chaptal

 

 Lettre à Bleubleu

Quand tu es arrivée chez nous, nous t’avons vue les yeux bleus. Une chatte aux yeux bleus ! Un phénomène ! Nous t’avons appelée « Bleubleu ».

Les jours suivants, plus de bleu ; des yeux tout ronds, mais des yeux de chat. Phénomène ? Ah ça, tu l’es toujours restée. Tu as été un chaton adorable : joueuse, sans trop de bêtises, propre,  ronronnante, caressante. Et je ne me suis pas privée de te caresser.

Voilà que j’ai eu un bébé. Tu t’es tout de suite investie dans un rôle de protection maternelle. Un jour que je le changeais et qu’il pleurait, tu m’as sauté sur les jambes pour me punir et prendre sa défense. Tu n’as jamais essayé de sauter dans son lit ou dans son landau ; mais quand par beau temps il dormait dans le jardin, tu t’installais à proximité, un peu en hauteur, immobile, attentive, et nous pouvions être tranquilles. Quand nous le reprenions, tu t’en allais, digne et satisfaite. Un peu plus tard, s’il était malade, tu montais la garde à la porte de sa chambre, sans jamais y entrer.

Tu étais devenue très belle : de longs poils noirs très doux à caresser, tu aimais et j’aimais ces caresses ; et quelques taches blanches en particulier autour du museau et à l’extrémité des pattes,  on aurait dit que tu avais quatre petites chaussettes.

Mais le bébé est devenu petit garçon ; tu as dû te sentir désormais inutile, et tu as totalement changé de rôle : c’est toi qui es devenue comme un bébé, avide de tendresse. Tu as d’abord, pour en faire ton doudou, accaparé sa petite peluche que nous appelions Bernard , c’était son « chien Bernard » (qu’une amie lui avait rapporté du Grand St Bernard). Phénomène !

Quand nous faisions les bagages pour les vacances, c’était la frénésie : tu courais partout, tu montais et descendais l’escalier à toute vitesse …pour finir blottie dans le couvercle d’une valise encore ouverte. Rassure-toi, nous n’avons jamais songé à « t’oublier » ; d’ailleurs, en voyage, tu n’étais pas gênante, tu restais couchée par terre au pied du siège arrière, sans bouger et muette jusqu’à l’arrivée, Phénomène toujours ? Oui. Etais-tu vraiment chat ?

T u n’as jamais quitté la maison et le jardin, ni exploré le voisinage. Bien sûr tu savais te tapir, bondir, grimper, mais je ne t’ai jamais vue courser un oiseau, ni attraper la moindre bestiole ; même à la campagne quand tu avais les champs devant toi, à portée de pattes. Quand tu avais un coup de cafard ( ?!) ou de colère ( ?!) tu flanquais une bonne peignée à Bernard et tu l’abandonnais sur place, où que tu sois ; On le trouvait, on te le rapportait. Combien de fois ais-je dû recoudre ou réparer ce malheureux ! Tu n’allais jamais le rechercher. Adorable phénomène tu l’es toujours resté, c’est sûr.Quand tu étais sur mes genoux, s’il arrivait que tu t’étires et qu’une griffe sorte, je te caressais doucement le dessus de la patte en disant : « fais patte douce »  et la griffe rentrait. J’avais l’habitude, le soir, de lire au lit un certain temps , tu le savais et tu venais t’installer sur moi…pour me têter l’oreille ! C’est râpeux une langue de chat. J’étais quelquefois obligée de te faire changer de côté, cela ne te gênait pas. Quand j’avais fini, je te portais dans la pièce où tu passais la nuit, sur ton oreiller, avec Bernard, c’était le rituel. Nous avons beaucoup lu toutes les deux !

Et puis, quand tu es devenue très  vieille et très malade, c’est moi qui ai dû te porter chez le vétérinaire pour une dernière piqûre. Je ne crois pas que tu m’en aies voulu, tu savais que je faisais ça parce que je t’aimais et pour que tu n’aies plus mal.

Après toi, il n’y a plus jamais eu de chat à la maison, tu étais irremplaçable. Et encore aujourd’hui, bien des années plus tard, et pour mille raisons, je ne pense jamais à toi sans une émotion certaine.

Jeanine Masson

A Clara

Tu vas venir ce prochain dimanche
Et mon âme est toute pleine d’espérance.
Je me souviens de ce jour de septembre
Où, jeune encore, je suis allé t’entendre.
La Musique pour dix jours
Etait reine tout le jour
Dans Besançon cité antique,
Où chaque maison est une relique.
Auditeurs assemblés
Au parlement de Franche- Comté,
Dans la salle magnifique
Où un plafond allégorique
Et d’admirables boiseries
Témoignent d’un éternel soucis
Du travail bien fait.
Comme les autres, je me tais.
Tu parais à nos yeux étonnés.
Doucement tu t’avances à pas comptés,
Les cheveux gris, vêtue d’une robe sombre,
Amicalement tu salues les gens dans l’ombre.
Tu t’assieds, te recueilles quelques instants
Puis, simplement, tu commences à jouer noblement.
Tes doigts courent sur le clavier poli
Et c’est alors que le miracle s’accomplit.
Je sens un bien-être inconnu me pénétrer
Et mon âme ravie est prête à chavirer.
Je découvre Mozart le divin
Qui m’apparaît vivant entre tes mains.
Le souffle court, les narines frémissantes,
J’écoute, extasié, le piano qui chante.
Quel plaisir ! Quel transport ! Quel bonheur !
Je voudrais qu’éternellement coule cette heure
Qui restera toujours dans ma vie
Le souvenir d’une joie pure et bénie.
Merci Clara pour ces instants merveilleux.
Que les acclamations et les bravos nombreux
Qui dimanche vont t’accueillir ici
Te transmettent nos plus vibrants mercis.

Claude Charton

Troyes

En quelques heures je suis tombée sous le charme
De tes pans de bois, de tes pierres et tes toits.
Tu m'as accueillie quand je suis venue chez toi
Et apporté le bonheur pour sécher mes larmes.

Bientôt 5 ans que je vis tous le jours à tes côtés
En toutes saisons je continue de te découvrir.
Aujourd'hui, t"écrire mon amour me donne le sourire
Parce que je veux vanter toutes tes beautés.

De tes admirateurs auquels j'appartiens
Je n'ai pas peur de m'engager
Car ce sentiment j'aime le partager
Avec toi, mes amis ou les tiens.

Alors j'ai posé mes valises et je m'installe
Je parcours tes rues et apprends ton histoire
Des habitants et visiteurs qui animaient les foires
A ton patrimoine architectural

Tu es Troyes la ville que j'ai choisie pour vivre,
Celle que j'aime, et d'une vie simple qui m'enivre.

Laetita Chevalier
 

 

A ma femme

Comme un navire qui n'aurait jamais connu
La caresse de l'onde
Que serait une main sans l'émoi d'un sein nu
Oublié dans sa paume

Qu'importe un ciel d'été tendu comme une soie
Pour des yeux sans images
Fleuve bercerais-tu les galets de ton lit
Sans mots d'amour à dire

Vers quel port se tendraient mes gestes sans mémoire
De plaisir partagé
Femme sans ta lumière au pôle du voyage
Je ne suis qu'un caillou

Un jour tu m'as tenté de tes grappes sauvages
Que je voulais saisir
J'avais tant soif et les vendanges du désir
Soûlaient notre jeunesse

Plus tard, tu m'accueillis au seuil de ton secret
Pour ta métamorphose
Et tu me révélas que l'homme est un enfant
Sous le feu de ton ventre

Nous avons renoué par le fruit qui est né
La chaîne interrompue
Tu m'offres à présent l'été de ton visage
Amante femme et mère

Et je sais pour l'avoir évoqué sans angoisse
Qu'au soir de mon naufrage
Mes yeux emporteront au tain de leurs prunelles
Ton offrande multipliée

R. Henry